Philippe Coll de Vives - Kyoto / 2008

 La peinture et l’action

 

« D’abord le silence, le vide refuge, l’instant d’apesanteur où l’esprit se règle sur une autre fréquence presque cosmique Concentrée, Kitty Holley jauge, toise l’espace de la toile vierge plein de promesses, de perspectives, de voyages Elle estime, devine ses lignes de force encore secrètes Puis le doute se dissipe et l’idée trouve son évidence
Son chemin

Vient le corps à corps avec la  peinture La musique pour complice, plein décibels C’est le tumulte, le choc, Full contact avec la surface  posée à même le sol Antenne ou émetteur, le pinceau cherche, Révèle tour à tour courbes et énergies, L’encre comme point d’ancrage à la composition, Peut architecturer, structurer La valse des couleurs Violentes, zen… complémentaires Et aussi sonores que des tambours Taikos Dans leur mouvement, les arcs de cercles agencent leur chorégraphie Pas de dripping aléatoire. Juste l’attaque incisive, décisive du trait devenu sabre.

Seul l’acte de peindre. L’action painting ou plutôt : Abstraction gestuelle. Une technique proche mais un état d’esprit différent. Pas de dramaturgie romantique, de thanatos exacerbé dans ses œuvres La seule force de vie et son rayonnement sont célébrés Au fil des expositions Kitty Holley offre sur les cimaises,
L’expression d’un essentiel, d’un influx aussi vital que la danse Des toiles qui fonctionnent d’ailleurs comme « la toile » Un Network, une puissance d’information La connexion, l’échantillonnage entre des milliers de données Et stockées dans sa mémoire vive. Le moteur de recherche de son imaginaire Le dictionnaire interne de Kitty Holley contient ainsi Un vocabulaire quasi cabalistique! Macumbas, temples shinto, cycles lunaires, Kolams, ying et yang Merce Cunningham, tai chi, techno transe, candomblé, capoeira, yi king, chi cong, hommes oiseaux, Saburo Teshigawara, Sri Aurobindo, Jean Dewasne, dogons, derviches, spinnakers… Loin d’être un inventaire à la Prévert ou Perec, C’est de ce magma, ce tissu de références et d’influences Que se construit l’ADN contenu dans ses tableaux
Le code génétique de son action. Une œuvre « véhicule » tant la peinture est d’abord pour elle, affaire de communication et d’échange. Cultures, langues, écritures, calligraphies, croyances. C’est transmettre, de Pondichéry à Rio de Janeiro, De Canton à Santiago du Chili Une vision personnelle et intime Mettre en lumière ce qui relie les êtres, Leur dénominateur commun…
En cet itinéraire ambitieux autant que nécessaire,L’artiste décrypte et rêve.

Comme si l’art, de place en place pouvait trouver, transportant ses valeurs et ses richesses, sa  route de la soie .»

 

Philippe Coll de Vives - Kyoto 2008