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Si l’univers nous projette dans une dimension indispensable pour concevoir un voyage dans l’esprit, alors l’image minutieusement élaborée marque la présence d’une horloge de perception interne. C’est dans la durée qu’une action s’inscrit ; durée qui décrit la longueur d’un instant dans l’espace, c’est à dire : une portion du concept temps, phase parfaitement abstraite que l’artiste s’attribue afin de créer l’unique.
Le processus de la productivité virtuelle est le facteur qui détermine en partie les conditions existentielles de la forme dans un contexte réel tandis qu’un état d’âme ne porte pas un nom à sa juste mesure, donc la forme est la grande médiatrice entre les vivants et la chose.
Ainsi la pensée réduit la distance entre le contenu et le contenant de manière à préserver le sujet dans son ensemble uniquement à travers un code ; ceci place l’auteur en position clé du fait qu’il avance l’idée d’un vocabulaire de communication secret.
Kitty Holley oriente son travail comme un point d’interrogation envers elle même, plus précisément envers son corps… Médium prémédité en tout état de cause « Je suis comme en transe, je me lance et j’investis la toile puis ensuite j’analyse. L’abstraction au sens élargi du terme est ma vision de l’horizon. » or l’horizon n’est pas uniquement une ligne courbe, c’est aussi un espace peuplé d’hommes…
La démarche picturale de Kitty est fondée sur la liberté d’expression issue d’un acte intuitif afin de révéler l’existence de l’harmonie dissimulée comme un processus naturel. Dans une série de toiles, certains éléments interviennent comme un rythme visuel dont la « résonance reste muette » au profit d’un arrêt de l’image sur la couleur.
L’abstraction ne place pas l’être dans des circonstances de manque, mais elle le décrit dans des moments d’absence ; phénomène énergétique propre, l’individu voyage à travers l’abstraction et crée un rapport sans causalité avec l’environnement.
« L’extra-personnel » commet un acte volontaire en éliminant le modèle de références établies : chercher l’identité du non identifié dans un champ imaginaire hors mémoire. La désignation de « l’abstrait » comme le parallèle aux problèmes et aux préoccupations de l’art a facilité la classification et généralisé la correspondance : ordonner l’histoire de l’art abstrait par la voie classique habituelle c’est vouloir banaliser et dévier un sujet qui a provoqué une évolution mentale sans précédent. L’interrogation autour de tout ce que comporte le lourd héritage historique a mené les créateurs vers la modification de la notion de l’image et du son ; concevoir une nouvelle dimension de la perception imaginaire, pénétrer en profondeur dans l’univers caché, saisir la matière…
L’abstraction est une nécessité en soi, en s’imposant comme catalyseur elle est présente en situation dans de multiples occasions et ne définit qu’une partie de l’œuvre dite « abstraite » celle qui n’est pas achevée…
« Mon corps dit Kitty Holley- se manifeste en premier comme une membrane de répercussions envers la présence physique de structures nouvelles. Des pulsions dont l’impact se résume d’un seul mot : Travail ». L’artiste définit l’amplitude de ses questionnements par l’absence de réponses engendrées par des hypothèses. Il est le gestionnaire de sa propre banque de données, sondée pour rédiger l’image imprégnée de révélations.
Corps/ Stimuli : concept issu de l’intelligence spécifique de chaque être dont les souches profondes sont dissimulées dans le cosmos. La dualité permanente avec soi-même, le monologue au sujet du contenu de l’œuvre portent des traces : (…) les jeux sont fats dans la cadence de fusion et dans la complexité pour soustraire la beauté du geste, pour choisir et partager le concept comme le fondement de la négociation envisageable entre la pensée rigoureuse et les intuitions : donner au sensible la forme au milieu du tissu nerveux et faire lumière sue les émotions.
Tu dis que l’organisation de ton espace mental, strictement orienté vers la peinture, passe par une mise en condition spatio-relationnelle à travers la danse et la musique. Voir dans la première l’effort physique et dans la seconde le plaisir d’entendre et de saisir dans le rythme sonore la symétrie qui est un des principes fondamentaux de l’existence. Ton œuvre picturale trace la fraction seconde : geste + durée + transfert. La couleur suit la trajectoire d’un mouvement établi comme un acte d’identité qui calque à son tour une vibration de la vie intérieure.
Si l’imaginaire est séduit uniquement par le temps, dimension parfaitement universelle, langage de perception appliquée à chaque phrase juste, alors le temps est aussi une grandeur de fiction…
Je change de place, mon angle d’observation est celui d’un spectateur qui réagit ; Kitty Holley, tu trames l’espace avec subjectivité, avec des lignes de forces propres à ton regard.
Le rouge, le bleu, le vert et le blanc conservent chacun leur autonome pure.
Couleurs, lumière réfléchie forment une surface plane l’imprévisible, comme des mots de passe codés : voyage, aventure dissimulée.
Dans le tableau dit « Triptyque » le nombre neuf est une structure de partage. Neuf carrés, séquences égales, en rythme de sensibilité commune, sont les dépositaires de la dominance bichromée de rouge et de blanc, la silhouette de ces deux couleurs est une découpe, une tache mais aussi un module contrôlé, c’est à dire que dans l’organisation d’un tableau « Gestuel » une sémiologie et une syntaxe picturale sont indispensables.
L’intérêt grandit à partir de ce moment critique : il s’agit pour ma part d’établir une simulation virtuelle dans le but de me rendre en temps réel témoin de l’action, suivre le mouvement de ta main sur le toile…
En termes de l’expérience pure, l’interactivité crée des fugues et provoque la métaphore car « le vol d’un oiseau » est un fait réel, tandis que « je vole comme un oiseau » est une nuance poétique privée d’objectivité. Voilà pourquoi la peinture gestuelle est une vérité spontanée, directe, incontournable et profonde.
Se soumettre à la lecture de l’œuvre, se rendre disponible ou de venir médium des forces de la perception est un effort mental qui bénéficie de la sensation « plaisir » recherchée et contestée à la fois. Ainsi l’illusion est un programme que l’artiste manie avec précaution pour augmenter la qualité des alternatives probables en tant que réseau d’informations.
C’est dans un discours inspiré par la danse que les tableaux de Kitty Holley redeviennent le shéma du mouvement et du territoire. Ce sont des toiles munies d’un système respiratoire invisible. Le rapport dessin/ couleurs + composition = structure dont le bon usage de l’esthétique crée un bilan d’état des lieux, afin de rendre l’image de son œuvre abstraite semblable à l’énergie comme référence à la nature.
Quel que soit le principe de fonctionnement auquel obéit le geste, la géométrie reste le critère le plus adéquat aux articulations des membres.
Kitty Holley marque dans sa peinture le minimum de moyens, le geste le plus spontané, la couleur la plus directe pour accentuer une nécessité vitale mais aussi pour trouver le chemin le plus court qui la dirige vers l’autre.
Sa démarche picturale est une prise de conscience en soi, moyen d’expression qui reflète une autonomie intégrale : toute correspondance à une autre discipline artistique est dissimulée ou déviée de telle manière que l’association avec l’expression corporelle est perçue plutôt comme pulstion électrique que comme présence formelle.
Kitty Holley suggère pour attirer notre œil d’observateur le cercle non fini pour dire : « avant que les deux extrémités de la circonférence se rejoignent le temps nous laisse un choix : la fugue. »
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